Je suis parti sur ma moto, une Royal Enfield Himalayan nommée Kali, depuis Kelaa Mgouna, dans la matinée du 14 avril, et je me suis dirigé vers l'est jusqu'à Boumalne-Dadès. De là, j'ai pris la « nouvelle » route vers Nkob via Bab n'Ali, encore une fois émerveillé par la beauté du paysage, puis à travers Tazzarine et Alnif où j'ai fait mon premier arrêt entre Alnif et Rissani.
C'est une région d'acacias très espacés qui, couplés à la plaine aride et à la montagne, me crient simplement « Afrique ». J'ai tourné à droite sur la route principale et j'ai traversé le terrain pendant environ 15 minutes.
J'ai campé à environ 2 km de la route goudronnée et après un très mauvais repas de lait en poudre qui refusait de se dissoudre dans l'eau et de flocons d'avoine trop gros pour faire le porridge, j'ai dormi par intermittence dans les puissantes rafales de vent qui secouaient la tente et faisaient claquer la paroi sur ma tête. Le ciel nocturne était d’une beauté étonnante d'étoiles et l'aube était une débauche de rouges et de jaunes dans le ciel.
Ça m'a traversé l'esprit que ce n'était peut-être pas une bonne idée d'autant s'éloigner de la route tout seul. La chute et une jambe cassée pourraient être catastrophiques. Finalement c'était sans mal.
Petit déjeuner à Rissani sur une terrasse de bistrot, d'où je regardais passer des centaines de Fiat Panda, équipées pour un rallye. Les "Msemen" étaient moins bons que les nôtres, mais l'omelette était délicieuse.
Je suis allé ensuite à Merzouga, où se trouve un lac, rarement rempli d'eau. Je voulais camper au bord du lac et me réveiller avec la vue sur le lac et les grandes dunes de sable en arrière-plan. J'avais lu quelque part qu'il y avait des flamants roses sur le lac. J'ai roulé pendant deux heures dans le désert autour de ce lac, mais je n'ai pas trouvé d'endroit sûr pour camper. Il y avait beaucoup de touristes conduisant des 4x4 comme si c'était leur terrain de jeu, ce qui est sans doute le cas. Je n'ai pas osé camper là, de peur d'être écrasé par un tout-terrain. En revenant vers la route, en traversant des ornières, j'ai perdu le contrôle de la moto et je suis tombé violemment sur le côté. Elle était assez lourde à soulever, un peu plus de 200 kg. J'ai finalement réussi à remettre la moto sur ses roues, mais j'avais très mal au flanc. J'étais presque sûr de m'être cassé une côte. La moto était intacte, heureusement !
De là, j'ai roulé jusqu'à Errachidea, puis Er-Rich, plus haut dans les montagnes. Je comptais me diriger vers Imilchil et trouver un endroit pour camper en chemin. Le froid se faisait de plus en plus froid à mesure que je progressais et que je montais. Je ne voyais aucun endroit propice au camping sauvage et, alors que je commençais à être très fatigué, j'ai aperçu une route secondaire et un panneau indiquant une maison d'hôtes à 20 km. Je les ai appelés et ils avaient une chambre de libre.
J'ai donc pris la route secondaire, content de savoir où dormir.
La route était très étroite et pleine de nids-de-poule. J'ai traversé deux rivières, l'une n'étant qu'un filet d'eau, l'autre suffisamment profonde pour remplir mes deux bottes. L'eau était glacée.
Je suis arrivé au dernier panneau indiquant la Kasbah Aberdouz, qui m’envoyait sur une piste qui serpentait dans la montagne. La piste était ravinée par les pluies récentes, raide et en lacets. J'en avais très peur. Finalement, j'étais trop épuisé pour abandonner. J’ai pris la piste et, plus grâce à la compétence de Kali l'Himalayan qu'à mon habileté, j'y suis arrivé sain et sauf.
La chambre était propre et très froide. Le propriétaire m'a proposé une tajine, mais je tremblais de fatigue et de froid et je suis allée me coucher. J'ai dormi dans mon sac de couchage, emmitouflée dans deux épaisses couvertures, de 20 h à 7 h. À chaque instant, ou peut-être juste en rêve, je pensais à redescendre cette montagne, craignant de coucher la moto à nouveau.
Le réveil était dur, surtout, se lever était douloureux. J'avais mal aux côtes. J'avais envie de tousser, mais ça faisait trop mal.
Finalement, après un bon petit-déjeuner et une discussion avec le propriétaire très sympathique, rassasié de msemen et d'omelette, de pain et de confiture, et bourré d'analgésiques pour les côtes, la descente terrifiante s'est déroulée… facilement, sans incident !
Je me rappelle une fois de plus que les monstres dans nos têtes sont toujours plus grands que la réalité.
Redescendant la route étroite, profitant cette fois du paysage spectaculaire et de la route sinueuse, sans même me soucier de mes pieds fraîchement trempés, j'ai rejoint la route principale et me suis dirigé vers Imilchil. Je ne voulais pas camper à cette altitude et il était encore tôt, alors j'ai continué à rouler jusqu'à Beni Mellal, dans les plaines du versant nord de l'Atlas. J'y ai passé une nuit dans une maison d'hôtes et j'ai profité d'une bonne douche et d'un bon repas.
Le lendemain, j'ai longé le nord de l'Atlas, embaumé par le parfum des fleurs d'oranger, kilomètre après kilomètre. J'ai alors réalisé qu'on sent tout à moto, le mauvais et – cette fois – le bon. J'ai traversé Azilal, les cascades d'Ouzoud, puis j'ai fait une balade à pied à Imi n Ifri.
j'ai campé dans le jardin d'une maison d'hôtes près de Demnat. Les gens étaient très accueillants. La maison d'hôtes s'appelle l'Ecolodge Espace Tamount. J'ai préparé un repas de nouilles instantanées (dégoûtant, mais plein de sel, ce dont j'avais besoin) et j'ai dormi incroyablement bien à côté d'une autre tente, celle d'un couple de Casablanca. La maison d'hôtes m'a laissé camper gratuitement, alors je lui ai payé pour un petit-déjeuner excellent et copieux.
Pendant la nuit, le brouillard était descendu; j'ai donc rangé ma tente, mouillée, et j'ai continué 90 km jusqu'à Chwiter, sous la pluie et le froid, où des amis tiennent une maison d'hôtes appelée « Upupa de l'Atlas ». Ils ont eu la gentillesse de m'héberger pour la nuit. J'étais encore trop fatigué pour manger le soir et je me suis endormi à 20 h.
Le lendemain, je me suis dirigé vers le col de « Tizi n’ Test » entre Marrakech et Taroudant, mais dès le début de l'ascension, les conditions étaient devenues mauvaises : brouillard, pluie et vent froid. Il n'y aurait aucun paysage à admirer.
J'ai pris la décision de rentrer vers Bab El Atlas par la route principale de Marrakech à Kelaat Mgouna, via Ouarzazate.
Quelle route à moto ! De magnifiques virages s'enchaînent, et la plupart du temps sur une route si large qu'elle pardonne toutes mes erreurs de débutant. C'était tellement bien que j'avais envie de faire demi-tour et de recommencer !
Et voilà! Fin de voyage. J’avais compté partir trois semaines, et finalement, je n'en ai fait qu'une. J'avais une côte très douloureuse, la main droite fatiguée, trop faible même pour tenir un couteau, mais d'un autre côté, j'avais parcouru 1 500 km en une semaine, testé le matériel de moto, de camping et de cuisine, et je commençais à m'y connaître en moto. On est loin de mon examen de permis A en janvier. Et encore plus loin de ma première sortie sur une petite moto chinoise Docker en décembre dernier.
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